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1, 2, 3 Colette

« Il y eut donc Harry Potter, Martine, Les Rois Maudits, et bien avant cela, Claudine », me suis-je dit en amorçant cette lecture.



C'est un classique

Lecture facile

J'ai a-d-o-r-é

Ca parle de ... Société

Lecture qui peut être facilement interrompue et reprise


Prémices


J’ai découvert Colette un peu par hasard dans la bibliothèque de ma Grand-Mère alors que l’on vidait sa maison. J’ai empoché distraitement un volume minuscule, poussiéreux, à la couverture d’une ringardise absolue. Ce livre, c’était Le Blé en herbe, un récit sublime dont je vous ai parlé il y a de cela quelque temps... Je m’étais alors juré d’explorer plus avant la production de cette autrice que j’avais associée jusqu’ici aux lectures obligatoires et un peu rasantes des années d’école de ma mère.





Claudine(s)


Peu de temps après, l’une de mes amies me prêtait La Maison de Claudine et m’ouvrait ainsi la petite porte vers la saga des « Claudine », qui a défrayé la chronique au début des années 1900.


Et depuis, Cher Lecteur – dois-je l’avouer ? – mon existence ne tourne plus qu’autour d’elle, cette sulfureuse et attachante Claudine. J’avale les livres de Colette les uns après les autres avec la régularité d’un sonneur de carillon. La métaphore manque en réalité d'à-propos car elle sous-entend qu'on consommerait un tome de Claudine comme l'on se jetterait sur un épisode de la Casa del papel, vite, sauvagement et avec appétit. Ici toutefois, si l’estomac est bien ouvert, c’est la lenteur qui caractérise l’approche. Claudine se déguste, elle se goûte, elle se roule lentement sur la langue comme un caramel Lutti. Si Claudine devait se mesurer en caudalies, l’on tournerait sans nul doute autour d’un score de 20.

Tous les deux mots, on relit un passage effleuré avec les yeux afin qu’il s’imprègne dans l’esprit. On découpe les phrases, on en rêvasse, on fait des pauses, on en jouit, on les note, on corne toutes les pages tellement c’est juste, vu, drôle ou terrible, poétique et iconoclaste si bien que le terme "déguster" ne semble ici pas galvaudé.



Héroïne


Mais Claudine est avant tout un personnage féminin d’une qualité rare, voire unique, dans la littérature produite jusqu’alors. Les femmes des romans doivent souvent leur texture aux rapports qu’elles entretiennent avec les autres… Claudine existe par elle-même, elle est sans nécessité de passer par le prisme d’un révélateur masculin ou d’une société pour éclore. Et ceci est extrêmement paradoxal lorsque l’on connaît l’emprise durable qu’eut Willy, le premier mari de Colette, sur son épouse alors qu’elle alignait les lignes et enchaînait les tomes pour la fortune et la gloire de son mari.

Charismatique, Claudine est dotée d’un sens de l’humour et d'une repartie féroces. Mais c’est sans nul doute la liberté avec laquelle elle s’affranchit des codes de la bienséance parisienne, une liberté hostile à toute forme d’autorité autre que la sienne qui fait d’elle aujourd’hui comme hier un personnage d'une profondeur fascinante. Ajoutez à cela un côté légèrement libertin et pervers, une sauvagerie campagnarde qui réjouirait Rousseau et une paresse languissante digne des félins dont elle aime s’entourer et vous approcherez alors vaguement de cette créature qui défie les mythes féminins littéraires traditionnels.


En réalité, La Maison de Claudine ne constitue pas à proprement parler l’un des tomes de la série qui a consacré Colette. Rédigé 22 ans après la sortie de Claudine à l’école, il rend hommage au creuset du génie de l’écrivaine, son enfance dans la maison de bourg Saint-Sauveur, entourée de la tendresse de parents originaux et d’animaux dont elle brosse un portrait tour à tour mordant et attentif. J’y ai retrouvé la qualité cristalline de la plume que j’avais découverte dans Le Blé en herbe. Les deux ouvrages sont par ailleurs proches chronologiquement, ce qui explique sans doute cette parenté.


Après la Maison de Claudine, ont suivi Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va et enfin, la Retraite sentimentale. Je me suis rendu compte dès le premier opus qu’il était absolument nécessaire de les lire dans l’ordre puisqu’il s’agit bien d’une histoire qui se suit et évolue d’un livre à l’autre. J’avais zappé Claudine à l’Ecole, introuvable en librairie et difficile à dénicher chez les bouquinistes. Une autre amie m'a dégotté une édition ancienne dernièrement, je clôturerai donc le cycle des Claudine par le premier opus de la série.


Et la plume ?


C’est un monde qu’a construit Colette à travers ses Claudine : celui coquet et oisif des intérieurs parisiens, celui d’une bourgeoisie hypocrite, gouailleuse et avide de scandale ; celle d’un amour brûlant et complexe entre l’héroïne et son « Grand », Renaud, de 22 ans son aîné ; celle de la disparité des usages et de la langue entre ville et campagne.


Si j’avais été frappée par la maîtrise géniale de la langue dans la Maison de Claudine et le Blé en herbe, j’ai été séduite ici par l’énergie délurée de Claudine, une langue plus rapide et moins polie, qui semble plus spontanée. L’histoire qui se déroule s’ancre davantage dans les dialogues, rapides et incisifs. Il y a déjà toutefois cette remarquable qualité d’observation et cette poésie sensorielle dans la manière de le transformer pour l’offrir au lecteur. Point de lassitude à l’horizon de la Retraite sentimentale.


Gigi et La Vagabonde sont déjà prêts sur ma table de nuit ainsi qu’une biographie de l’écrivaine afin d’approfondir et de comprendre mieux les sources de son génie.