Virginie Despentes - Vernon Subutex



En deux mots

Vernon Subutex traîne son début de misère dans un appartement au frigo vide : ancien disquaire de la cinquantaine, plutôt beau mec, Vernon est dépouillé de son commerce par l'impitoyable révolution numérique et expérimente la lente dégringolade sociale jusqu'à la précarité ultime, la rue.

Rien ne le prédispose pourtant à finir sur le trottoir; il est le fruit malmené d'une administration mécanique et déshumanisée à laquelle il confronte l'histoire banale d'un chômeur longue durée, semblable à celle de milliers d'autres. Mais Vernon appartient à cette race d'homme qui se laisse couler; paresse et indifférence sont ce qu'il a de plus dignes à opposer à sa lente descente aux enfers.

Heureusement, Subutex possède une large clique de vieux potes qui ont fréquenté son magasin à l'âge d'or des Eighties ... Commence alors une longue transhumance qui l'amène à redécouvrir ces connaissances casées, rangées, vieillies, droguées, aigries - prêtes à l'accueillir quelques jours au nom des tendres souvenirs d'orgies élégiaques, indicible rappel d'une époque où, tous, ils étaient encore libres.


Aucune tentative de raccrocher à la réalité ou de se fabriquer une solution durable néanmoins,

Vernon contacte ses anciens copains les uns après les autres et ne se préoccupe pas de savoir ce qui adviendra une fois la liste épuisée : il est en sursis.

Les personnages qu'il côtoie lors de ses brefs squattages ont tous pour point commun d'avoir connu une starlette de la chanson française, récemment décédée d'une overdose.

Vernon possède par hasard le testament audio de cet ancien ami, testament qui semble intéresser sans qu'il le sache beaucoup de monde.

Peut-être est-ce là que se trouve l'issue au sort funeste de Vernon … .

Et sinon, c'est bien ?

Qui a pu échapper à la rencontre médiatique avec Virginie Despentes ? Elle est partout et il est pratiquement impossible d'éviter ses interviews. Frappée par ses analyses sans tralala d'elle-même et de la société qu'elle observe à l'issue d'un long entretien publié sur Le Monde, je me suis finalement décidée à acheter ce livre-dont-tout-le-monde-parle.

Mais par où commencer la longue liste des surprenantes découvertes que j'y ai faites et qui justifient pleinement que l'on y fourre son nez?

Par le langage ? Cru. Mitraillette hargneuse, argotique et populaire ? Pas le genre pourtant à être encensé par la critique ... Sauf si - et c'est le cas - il est maîtrisé à la perfection ... Mieux, il contribue ici à donner à l'histoire le rythme explosif et destructeur d'un bon morceau de rock .


L'analyse en temps réel de la société actuelle et de ses accélérations technologiques m'ont également saisie. Le recul romancé que Despentes nous propose au sujet d'une histoire pratiquement immédiate laisse penser que l'auteur est une observatrice impitoyable du monde qui l'entoure tout en parvenant le régurgiter sous forme d'une série palpitante bien plus accrocheuse et instructive que ce que les livres sociologico-philosophiques nous proposent actuellement. ​

La musique joue un rôle à part entière dans Vernon Subutex : elle rythme l'ensemble de l'histoire et accompagne chaque nouvelle rencontre, chaque situation de ses pulsations vitales, tel un générique conçu sur mesure.

Un regret cependant : la galerie de portraits très fournie dressée par l'auteur ne produit à mon sens pas assez de personnages "positifs" - respirations bienveillantes qui contribueraient à sauver le lecteur de l’inévitable ennui qui guette à la vue de toutes ces pauvres petites individualités égocentrées.

Enfin dernier point négatif pour un lecteur friand d'esthétisme éditorial, j'ai du me faire violence pour acheter ce livre dont l'illustration de couverture me faisait davantage penser à un roman sadomasochiste de gare - pour peu que ce genre existe.- qu'à une fresque complexe sur la société contemporaine. Peut-être que certains s'en fichent, mais moi je n'aime pas lire un livre moche.

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* les explications des symboles ci-dessus se trouvent dans l'onglet "symboles quoiquequi" de la page principale du blog

#Société #Contemporain

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