Alexandra Lapierre - Fanny Stevenson



En deux mots :

Fanny Stevenson conte le destin peu commun de Fanny née Vandegrift, une Américaine qui s’affranchit des contingences sociales d’un pays alors cadenassé par son puritanisme. C'est ainsi qu'elle va méthodiquement violer tous les contrats d’usage de son époque qui contraignent l’existence de la femme à une domesticité servile et sans perspective. Son courage, ses amours et sa ténacité mèneront Fanny tour à tour sur les terres désolées et arides des mines de chercheurs d’or du Nevada, dans l’Europe misogyne des peintres parisiens et des intellectuels anglais puis enfin sur les îles faussement accueillantes du Pacifique.

Fanny verra son errance dirigée par ses deux grands inclinations : l’art et les compagnons de vie qu’elle se choisit. Chacun d’eux constitue les moteurs puissants de l’énergie vitale qui la caractérise ; elle y consacre toute son âme avec l’intégrité fascinante qui est le sienne.

Fanny dépassera finalement le statut étriqué que les mœurs phallocrates du 19e siècle tentent de lui imposer pour devenir un personnage emblématique d’un féminisme naissant. Elle permettra grâce à sa volonté et la vision lucide de sa destinée l’avènement et la reconnaissance de Louis R. Stevenson, génie littéraire maladif d’onze ans son cadet et dont elle tombe éperdument amoureuse alors même que tout s’oppose à cette union.


Et si le prix à payer en retour de cette passion absolue est celui de la faillite de sa réputation, la perte de ses amis, l’opprobre de son pays et l’abandon de ses talents, elle n’hésitera pas une seconde à concéder aux sacrifices qui lui sont nécessaires pour parvenir à élever Stevenson au rang des écrivains anglais majeurs de sa génération.

Et sinon, c'est bien ?

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J’ai rencontré Alexandra Lapierre par le biais du groupe de lecture – les Chatpîtres - dont j’ai le plaisir d’être membre - grâce au livre Artemisia Gentileschi. Ce roman raconte l'histoire de la célèbre peintre italienne du 17e siècle à l'existence sulfureuse, peintre dont j’avais pu voir une exposition des œuvres au Musée Maillol de Paris en 2012.

Je dois avouer faire partie de ces lecteurs rarement séduits par les biographies romancées … Celles-ci peinent généralement à équilibrer faits historiques et désir d’invention fictionnelle. J’ai donc été passablement surprise de la qualité de cette première découverte, Artemisia évitait avec brio les écueils communs à ce type de littérature : les dialogues étaient vivants et crédibles, les descriptions sensibles et pleines d’imagination, les personnages animés, le tout extraordinairement bien documenté (une vingtaine de pages de bibliographie accompagnait l’ouvrage). Sans plus m’étendre sur les mérites d’Artemisia, je me suis précipitée chez le libraire et y ai acheté plusieurs autres livres d’Alexandra Lapierre – dont Fanny Stevenson.

Fille de l’écrivain et journaliste Dominique Lapierre, Alexandra Lapierre réalise des études de lettres à la Sorbonne puis suit une formation en réalisation cinématographique aux USA. Elle semble retirer de cette expérience cette qualité particulièrement visuelle de l’écriture qu'elle met en oeuvre dans les récits que j'ai pu lire.

Lapierre développe ce talent particulier et peu commun qui consiste à conter des histoires vraies, à créer des personnages aboutis et complexes, à imaginer les situations qui les font agir, penser et vivre avec une immense intelligence et une véritable créativité. Ce travail est également toujours documenté de façon remarquable car il repose en amont sur une recherche scientifique poussée au cours de laquelle l’auteur écume bibliothèques et dépôts d’archives sur les héros de ses romans. Cette recherche donne l’impression tenace qu’A. Lapierre finit par faire corps avec eux et semble leur destiner temporairement l’entièreté de ses pensées et de son énergie.

La plume est vive, chaleureuse et chatoyante. La sensualité des descriptions est étonnante : les matières qui passent entre les doigts de l’auteur se transforment avec volupté en substances riches et sensibles.

Les défauts de son écriture résident à mon sens dans les qualités décrites ci-dessus : l’enthousiasme que suscite son sujet et l’amour de la belle description provoquent parfois des élans lyriques et romantiques un peu kistchs qui peuvent faire sourire - en témoigne par ailleurs le sous-titre "entre passion et liberté ".

Fanny Stevenson comporte également des longueurs qui rendent un peu indigeste l'impression finale que l'on a en refermant le livre. Heureusement, les innombrables anecdotes que l'on y a découvert permet de conserver au livre le souvenir du plaisir qu"on y a pris.





* les explications des symboles ci-dessus se trouvent dans l'onglet "symboles quoiquequi" de la page principale du blog

#Féminisme #Aventure #Amour #Romanhistorique

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