Le journal d'une femme de chambre - Octave Mirbeau



En deux mots

Célestine est femme de chambre. Folâtre, jeune et jolie, elle nous conte dans son journal intime les expériences de la domesticité à la fin du 19e siècle dans ses aspects les plus anecdotiques, les plus cocasses, les plus tristes aussi.


La jeune fille amorce ses confidences par son arrivée en Province, loin de son Paris vénéré, où elle vient tout juste d’être engagée comme femme à tout faire dans la triste demeure d’un couple bourgeois désuni. Sa nouvelle maîtresse se révèle vite être une mégère, pingre jusqu’à compter les pruneaux des bocaux, tourmenteuse frustrée, suspicieuse et insatisfaite.

A l’office, ses compagnons d’infortune - une cuisinière portée sur la bouteille et un jardinier patibulaire – ne font pas meilleure figure et complètent l’entourage qui assombrit peu à peu le caractère sémillant de Célestine. Loin des feux de Paris, des robes de soie et des dessous parfumés de ses anciennes maîtresses, l’ennui et la neurasthénie la gagnent. Son caractère propice aux divertissements faciles trouve quelque réconfort à la compagnie délétère de la domesticité de ce patelin morose dont le moindre cancan fait les choux gras des jours durant.


Pour parer à l’ennui, Célestine se plonge alors dans ses souvenirs et confie à travers son journal ses séjours chez des comtesses débauchées, au cœur sec, chez des bourgeois mondains, chez des célibataires lubriques et vieillissants. Elle ne reste jamais longtemps, chassée de chacune de ces places par son âme délurée qui l’empêche de respecter servilement ce petit monde de riches qu’elle envie et déteste tour à tour.

Et sinon, c'est bien ?

Qui n’a jamais rêvé à la lecture des romans qui content les aventures d’un quelconque aristocrate ou d’un sombre bourgeois, de se faufiler dans l’esprit de celui qui tous les jours le lave, l’habille, le sert et recueille ses confidences les plus intimes ?


C’est un monde que l’on découvre-là, bien éloigné des brillants salons intellectuels et des dîners fastueux : celui du petit, du rien du tout, celui de l’humble spectre qui récolte le versant des convenances sociales une fois les masques tirés, les cheveux mousseux défaits, les corsets dénoués. C’est alors que les vices les plus lâches, les saletés les plus abjectes, les cœurs les plus ignobles se révèlent face au domestique, impassible témoin d’une espèce humaine qui n’a plus rien de glorieux.

Ces serviteurs indispensables aux histoires des Grands montrent, une fois dans le secret des laveries et des cuisines, des faces contrastées : voleurs - toujours un peu- ils mangent, boivent et rient, se moquent férocement de leurs maîtres, s’attachent les uns aux autres et se détachent aussi facilement, reproduisent les vices qu’ils observent et deviennent les caricatures terribles de ceux dont ils ont le soin.

Octave Mirbeau trace également le portrait des parasites qui tirent profit de la misère de ces serviteurs précarisés dont la place n’est jamais acquise pour faire leur beurre : bureaux de placement tenus par des presque maquerelles, bonne sœurs décomplexées dans le commerce des exploitations humaines, prêtres libidineux et complaisants.


Ainsi, Mirbeau crée une constellation de portraits de ce personnel de maison hilare et triste, tendre et féroce, rêveur et pragmatique dans un style drôle, piquant, trop soigné pour que l’on soit dupe un instant qu’il est le fruit des confidences d’une authentique femme de chambre. Délicieux et impitoyable.




* les explications des symboles ci-dessus se trouvent dans l'onglet "symboles quoiquequi" de la page principale du blog


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