La chair - Rosa Montero



En deux mots

Scénographe d’expositions temporaires à succès en Espagne, Solades est une femme d’âge mûr qui évolue dans la sphère très sélect du monde de l’art madrilène. Célibataire, elle court les histoires passionnelles et les amants réguliers dans une quête insatiable d’amour et de reconnaissance. La dernière de ses conquêtes l’a quittée brutalement et elle décide de se venger en s’affichant avec un jeune et séduisant escort boy, Adam, lors d’un opéra où sera présent son ancien adorateur. La représentation terminée, alors que Solades, un peu honteuse de l’artifice utilisé, raccompagne Adam au métro, un crime crapuleux se produit sous les yeux des compagnons d’un soir. Bouleversés, ils décident de prolonger pour quelques heures la durée du contrat qui les lie afin d’apaiser leur angoisse mutuelle dans le brasier amoureux. Les jalons de l’intrigue sont posés ; très vite, Solades patauge dans cette relation qui lui échappe. Sur le fil du rasoir, entre prestations monnayées et attirance réelle, comment se dépêtrer de la situation délicate dans laquelle la sexagénaire s’enfonce irrésistiblement ? Car Solades est riche, Adam est pauvre. Adam, ignorant et sauvage ; Solades, délicate et cultivée ; enfin, Adam est jeune et beau quand Solades voit poindre le déclin de sa chair... Mais les apparences sont trompeuses et le danger imprévisible guette derrière la valse amoureuse qui se noue entre eux.


Et sinon, c'est bien?

La chair est un roman bouillonnant qui éclate d’une vie pétulante et âpre. On le commence en se disant : « Tiens, voilà une petite comédie rigolote et sympathique, parfaite pour la digestion post-poularde de Noël » mais très vite l’angoisse existentielle du personnage estompe ses effets comiques et une tension palpable s’installe dans le roman.

Récit puissant, La chair aborde une multitude de questions : la déchéance progressive du corps et son rapport au plaisir, les blessures d’égo infligées par des univers sociaux irréconciliables, la place de la femme célibataire dans un milieu aux convenances bien établies, la crainte viscérale de la folie, du vide et de la mort. C’est d’art également qu’il est question, à travers le récit des personnages choisis par Solades pour son exposition : Ulrich von Liechtenstein, le chevalier en robe et perruque tressée parti défendre la Dame de ses pensées sur les routes européennes, María Lejárraga, nègre de son célèbre mari et ignorée par son époque, Burrough et sa phalange amputée comme preuve d'amour offerte à son mignon … Galerie de personnages baroques dont les turpitudes s’entremêlent peu à peu à l’histoire personnelle de Solades.

Ce personnage de femme hystérique m’a paru parfois étrangement familier et je m’y suis retrouvée à plusieurs reprises ; par exemple, lorsqu’elle s’adresse à elle-même dans des soliloques hilarants et absurdes ou qu’elle ponctue soudain d’une exclamation sonore ses tribulations intérieures au beau milieu d’un parc, face à un promeneur ahuri. Il est toujours un peu excitant de partager des manies et traits de caractère avec un être fictif, néanmoins cela ne s’est pas avéré suffisant pour me séduire jusqu’au bout : j’ai été déçue par l’écriture parfois maladroite, un peu brouillonne et emportée. En outre, les tentatives de développements philosophiques m'ont parue pauvres et n’évitent pas les lieux communs. Bref, divertissant mais pas bouleversant.






* les explications des symboles ci-dessus se trouvent dans l'onglet "symboles quoiquequi" de la page principale du blog

#Contemporain #Amour #Société

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