Tant que la terre durera - Henri Troyat



En deux mots

Russie, 1900. Michel Danoff et Volodia Bourine. L’un fils de la steppe, sauvage et fier comme un Tcherkess, peuple du Caucase dont il est issu ; l’autre beau, charmant et faible face aux plaisirs frivoles de l’existence.

Ces deux caractères que tout oppose nouent une amitié sincère et solide lors des études qu’ils entreprennent ensemble sous l’injonction de leurs patriarches respectifs dans une école d’économie moscovite et ce alors que les germes de la révolution bolchévique se disséminent peu à peu dans la société russe.

Les compères y font leur trou, veillant l’un sur l’autre avec leurs atouts respectifs, Volodia par le verbe et Michel par le poing. Mais Volodia doit quitter ses études suite au décès brutal de son père et laisse Michel, seul et penaud, achever son parcours scolaire dans l’ennui des salles de classe et la nostalgie de son pays.

Quelques années plus tard, alors que les deux amis ont entretenu une correspondance assidue, Michel se rend à Ekaterinodar, la ville de Volodia, avec l’espoir de faire accepter à ce dernier la direction d’un comptoir de la société Danoff dont il reprend les rênes. Installé dans les vices pressentis de son enfance, Volodia mène une vie légère faite de distractions, de champagne et de plaisir. D’abord timides, l’un et l’autre – la franche affection de leurs rapports juvéniles ayant cédé la place à une certaine pudeur entre les hommes qu’ils sont devenus – ils renouent avec joie une affection interrompue par les circonstances. Volodia annonce à Michel son intention de se fiancer à Tania, une ancienne camarade de leurs jeux d’antan. Mais la jeune femme bouleverse l’équilibre délicat d’une amitié fragile et conduit malgré elle les deux amis à l’affrontement puis à une haine indicible l’un de l’autre. Entre Michel et Volodia, la guerre sera aussi intense que l’amour et conduira les anciens compagnons à commettre des actes tragiques qui bouleverseront à jamais leurs existences ainsi que celle de Tania.

Et sinon, c'est bien ?

Lorsque je me suis rendue à ma librairie habituelle en demandant où je pouvais trouver les livres d’Henri Troyat - grand absent des rayonnages à la lettre T, le vendeur m’a regardée d’un air amusé et légèrement condescendant : « Pardon ? Il y a encore des lecteurs assez ringards pour lire Henri Troyat ? ».

Donc, chers amis, sachez-le : Henri Troyat, est passé de mode. Afin de m’en assurer, j’ai interrogé à ce sujet l’une de mes collègues, également écrivain, qui m’a confirmé le label has been de ce pauvre H. T.


Je vous fais part ici de mon étonnement face à ce constat car cet ancien académicien, exilé de Russie par la Révolution d’octobre est véritablement un fabuleux conteur, un magicien du récit capable de manier avec autant d’aisance la description que les dialogues ou les situations anecdotiques amusantes. A cet égard, l’enfance de Volodia et de Michel est délicieuse : les farces, les pièces de théâtre et les jeux qu’ils inventent sont décrits avec un souci du détail et un humour parfait qui rendent ces chapitres extrêmement savoureux. Les descriptions des décors russes valent également une mention particulière : l’auteur fait preuve d’un sens de l’observation d’une grande finesse et tout en poésie et parvient à rendre les steppes de Michel ou les intérieurs molletonnés de Tania pratiquement tangibles. Loin d’être d’ennuyeux moments de pauses au sein du récit, ils participent entièrement à l’élaboration de son rythme et à sa cohérence globale.

Avec Henri Troyat, on rit, on pleure, on vit, on imagine avec une étrange acuité les histoires qu’il nous raconte et l’on est emmené dans ces lointaines contrées avec une facilité déconcertante. Tout ceci dans une langue élégante, sensible et précise, sans jamais être affectée ou grandiloquente.

Je vous invite donc à redécouvrir cet auteur injustement malmené par la tendance actuelle et à lui accorder la place qu’il mérite dans les rayonnages de votre bibliothèque au risque de passer – comme moi – pour un fossile de librairie. Croyez-moi, cela vaut drôlement le coup.

* les explications des symboles ci-dessous se trouvent dans l'onglet "symboles quoiquequi" de la page principale du blog






#Classique #aventure #Amour #Coupdecoeur

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