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Les Arpenteurs du monde - Daniel Kehlmann



En deux mots

A l’aube du XIXe siècle, Alexander von Humboldt et Carl Friedrich Gauss partagent la particularité d’avoir révolutionné leurs disciplines scientifiques respectives dans une Allemagne fragmentée en une multitude de micro-états rivaux. L’esprit des Lumières n’y entre encore que de façon timide, soumis qu'il est à l’esprit féodal des mécénats locaux. Nous suivons au gré des parcours des deux chercheurs les étapes de leurs fabuleuses découvertes au sein d’un monde qu’ils s’apprêtent à bouleverser.

Alexander von Humboldt est botaniste et géographe, explorateur insatiable du monde qui l’entoure. Gagné par la fièvre des expéditions, il quitte son Allemagne natale pour l’Amérique Latine où il n’aura de cesse de collecter, mesurer, sonder et observer la nature et les traditions indigènes au cours d’aventures rocambolesques qui le mèneront au cœur d’une Amazonie inquiétante et hostile. Coiffé de son haut de forme et aidé d’instruments d’analyse farfelus, il gravira des montagnes et des volcans inconnus, découvrira des tombeaux oubliés, des plantes et des animaux étranges, naviguera sur des fleuves sauvages et tumultueux, accompagné dans toutes ses entreprises par son fidèle ami Bonpland.


Carl Friedrich Gauss est quant à lui un indécrottable sédentaire dont les voyages purement intellectuels explorent la terre et l’univers depuis son petit bureau de Gottingen. Misanthrope assumé, il abhorre la compagnie de la plupart de ses semblables, trop médiocres pour suivre ses brillantes élucubrations physiques et mathématiques. A 24 ans, Gauss rédige déjà l’œuvre de sa vie, les Disquisitiones Arithmeticae sur l’arithmétique des congruences et ne cessera de formuler des hypothèses dont la véracité ne sera établie qu’un siècle plus tard.

Ces deux découvreurs à l’esprit extraordinaire sont entièrement absorbés par leur quête d’intelligibilité du monde. Or celle-ci tranche de façon burlesque avec l’inadéquation absolue de leurs caractères à la vie sociale de leur époque. Réunis le temps d’un congrès, ils se débattent au sein d’une société cosmopolite qui adule leur singularité mais dans laquelle ils ont bien du mal à conserver leur liberté de mouvement et d’esprit.

Et sinon, c’est bien ?

Sauvé de justesse des cartons d’un ami qui le possédait en double, Les Arpenteurs du monde atterrit dans les mains d’Aymeric, mon mari et suscite très vite ma convoitise lorsque je le vois, à sa lecture, constamment secoué de fous-rires solitaires et frénétiques. Je saute ainsi dessus à peine l’a-t-il refermé, abandonnant sans regret la tourelle vacillante de mes livres en-retard sur ma table de nuit.

Etrange toquade pour une brouillée avec les nombres devant l'éternel, une amathématique par excellence. J'allais donc m’aventurer dans les méandres de l’arithmétique des congruences de mon plein gré... Me lancer avec excitation dans l’appréhension de phénomènes atmosphériques complexes ?


On suit les pérégrinations de Humboldt avec une fébrilité angoissée, tempérée par l’humour dont l’auteur entoure son héros. On s’interroge ainsi sans cesse sur les limites que l’explorateur fixe à son voyage tant elles semblent loin de toute rationalité humaine. En ce sens, on salue le portrait très réussi de Bonpland, le compagnon de route d’Humboldt, dévoré par la fièvre et les moustiques tout au long du périple ; Bonpland, fidèle comparse, qui témoigne à lui seul de la folie géniale mais impitoyable de Humboldt.

D’autre part, on rit du caractère absolument épouvantable de Gauss : maniaque, impatient et tyrannique, conscient très jeune de la grande solitude à laquelle le condamne son intelligence mais néanmoins incapable de pardonner à son entourage l’incompréhension que suscite son esprit prodigieux.

Les Arpenteurs du monde aurait pu se borner à retracer les exploits de nos deux surdoués marginaux, biographie romancée et un peu ennuyeuse comme il s’en fait tant, si l’écriture développée par l’auteur ne parvenait pas à rendre incroyablement vivants et drôles leurs portraits. En effet, le style indirect des dialogues crée constamment une mise à distance de la parole avec le protagoniste qui la délivre. La langue employée par D. Kelhmann crée une impression caustique et décalée qui accentue le côté comique et particulier des personnages, inadaptés au monde qui les entoure et destinés à errer seuls, dans la jungle insolite de leurs découvertes respectives.






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