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Sexus - Henry Miller



Symboles de lecture *






En deux mots

New York, milieu des années 20, Henry mène une vie dissolue faite de nuits blanches, de mauvais whisky, de femmes libérées et de fêtes libertines. Il danse jusqu’aux petites heures du matin et culbute avec une nonchalance distraite et sans sourciller l’ensemble de la gent féminine conciliante qui passe à sa portée.

Alors que son mariage avec Maude bat de l’aile, le jeune homme fait la connaissance de Mona, entraîneuse charismatique et évanescente, mélange fascinant d’œstrogènes, de liberté et de désinvolture. Henry est foudroyé. Guidé par ses pulsions érotiques autant que par un esprit acéré et sans concession, il abandonne femme et enfant et se lance dans une histoire échevelée avec celle dont il ne parviendra jamais à saisir la nature profonde et qui par-là, le fascine. L’intangible et brumeuse Mona guide alors Henry à travers les prémices de son travail littéraire, encore à ses balbutiements.


A travers la vie qui s’écoule sur les trottoirs de New York, le coton de son brouillard collant, les lumières clignotantes des néons de sa nuit, le jeune écrivain fait le tour méthodique des individualités chancelantes de son entourage et des rencontres accidentelles qui traversent ses errances. Il nous invite dans l’intimité de ses amis et brosse le portrait éraflé d’une société qui suffoque et ploie sous le joug de la ville immense, Babylone indifférente aux évolutions contradictoires de ses habitants.

A travers le prisme de ses expériences, H. Miller analyse la pulsion d’écriture qui résonne en lui de façon de plus en plus frénétique jusqu’à fondre la vie et la plume dans un magma chauffé à blanc.

Et sinon, c’est bien ?

La vie d’une œuvre

Sexus constitue le premier volume de la trilogie La Crucifixion en rose d’Henry Miller ; il est largement inspiré de la vie de l’auteur et par cet aspect autobiographique transcende la frontière ténue entre réalité et fiction, apportant à cette dernière une sincérité troublante.

Narquois, infatigable, observateur amusé du monde et chirurgien de l’âme, H. Miller autopsie constamment son cœur et celui des autres. Le détachement absolu aux gens et aux choses, nécessaire à cet exercice, il l’acquiert par le fruit d’un individualisme exacerbé qui rend souvent Miller odieux à son lecteur. Mais cette froideur analytique se traduit également par une ouverture totale à la vie qui lui permet de saisir chaque événement, chaque rencontre avec une disponibilité d’esprit entière.

L’écriture d’H. Miller découle directement de cette attitude à la vie : elle se présente comme un discours jaillissant, une litanie de mots fluides ou syncopés, une pensée en cours d’évolution faite de moments extatiques dans lesquels l’énergie créatrice est transmise de façon brute, sans filtre au lecteur.

Celui-ci a dès lors le choix : sauter dans le train et se laisser emporter par ce flux ou chercher à comprendre et rester sur le carreau. La première de ces attitudes vous laissera pantois et chancelant, reconnaissant d’avoir pu être immergé un instant dans une pensée artistique intime en cours d’élaboration.

Un humour qui régale

Mais le génie d’Henry Miller réside dans sa capacité à faire alterner une vision démiurgique – presque mystique - de l’écriture et du travail de l’artiste avec des scènes hilarantes de son quotidien. Ceci crée un contraste frappant et réserve des pauses intellectuelles bienvenues au lecteur qui savoure ces instants avec délice. A cet égard, la relation de Miller au monde de l’emploi qu’il exècre tout autant qu’il le fascine est un régal moderne qui fera frissonner de plaisir tout farouche défenseur du travailleur opprimé.

Du sexe pour rougir

Enfin, il est impensable de parler du premier opus de La Crucifixion en rose sans aborder l’autre thème qui donne son nom au roman, la sexualité effrénée de l’écrivain qui relève presque du satyriasis.

La description détaillée de ses ébats rythment le récit de façon continue ; ils forment une sorte de flux vital et jaillissant à l’image du sperme dont il est extrêmement libéral ou encore de sa logorrhée, pulsion irrésistible de la parole dont il enveloppe son lecteur.

Miller enchaîne les partenaires et crée avec eux une constellation de positions diverses à faire rougir jusqu’aux orteils les plus libérés d’entre vous. Ces descriptions extrêmement osées de ses relations sexuelles, l’écrivain les utilise comme les flèches de sa liberté dont il bombarde avec extase le bouclier du puritanisme bien-pensant qui l'entoure.


Un dernier mot ...

Ce livre n’est donc pas un petit dessert délicat qui conviendra à tous les palais. Il faudra au lecteur qui s’y lance un peu de volonté et le cœur bien accroché pour pouvoir en jouir comme il le mérite.

* Les explications des symboles ci-dessus se trouvent ici

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