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Les Diaboliques – Barbey d’Aurevilly



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En deux mots

Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles qui se construit autour d’un motif répété, celui d’un certain mystère féminin, créature insaisissable et maudite capable des perversions les plus inattendues.

Vedettes sataniques de ces histoires, les femmes dont il est ici question dissimulent leur duplicité sous le masque avenant et policé de la beauté, de l’éducation ou de la haute naissance.


Le rideau cramoisi

Alors qu’une diligence fait un arrêt de nuit dans la paisible petite ville de ***, le Vicomte de Brassart, dandy vieillissant, aperçoit par la lucarne du véhicule une fenêtre à la lumière vacillante.

Bouleversé par cette vision énigmatique, il confie au jeune homme qui l’accompagne l’extraordinaire aventure qui lui est arrivée de l’autre côté de cette inquiétante façade alors qu’il était un jeune officier de faction dans cette bourgade.

Le plus bel amour de Don Juan

Lors d’un brillant dîner qui rassemble le Comte Ravila de Ravilès, séducteur impitoyable et féroce, et ses anciennes maîtresses, l’une de ces dames suggère au comte de leur raconter le plus bel amour qu’il eût inspiré de sa vie. Pendues aux lèvres de ce Don Juan moderne, chacune espère être l’héroïne de l’histoire à venir. Pourtant, le récit de Ravila prend bientôt un tour lugubre qui jette un vent glacé parmi ces spirituelles convives.

Le Bonheur dans le crime

Une femme d’une beauté surprenante provoque la panthère ensommeillée du Jardin des Plantes de Paris et est sauvée de justesse par son compagnon. Le Docteur Torty assiste fasciné à cette scène et est frappé de l’amnésie dont fait preuve le couple charismatique à son égard. Il était en effet un temps, où le Docteur était leur médecin de famille dans la ville qui vit naître leur amour…

Le dessous de cartes d’une partie de whist

Le jeu de whist constitue une passion commune aux aristocrates désœuvrés qui ruminent les jours lointains de leurs fastes dans la petite ville de ***. Lors des parties effrénées qui se jouent quotidiennement chez le Marquis de Saint-Albans le silence est d’or et l’impassibilité des visages, absolue. Pourtant, les spectateurs du jeu en cours pourraient être surpris des drames qui se jouent à l’ombre des cartes qui s’abattent impitoyablement sur le tapis vert.

A un dîner d’athées

Surprenante rencontre que celle d’un anti-calotin notoire tel le Duc de Mesnilgrand dans le confessionnal d’une église de la ville de ***… Alors que son ancien compagnon d’armes, Rançonnet, le somme d’expliquer ce curieux incident lors d’un dîner impie rassemblant les plus célèbres athées du patelin, Mesnilgrand confie à ces cœurs ironiques et blasés la raison de sa présence dans le lieu saint.

La vengeance d’une femme

Par une nuit d’encre à Paris, Robert de Tresseignie suit une prostituée d’une beauté exceptionnelle dans son galetas où il vivra une nuit d’intense volupté. Mais à l’issue de leurs ébats, la belle et mystérieuse hétaïre confie au jeune homme un terrible secret espérant ainsi en faire le véhicule de sa vengeance.


Et sinon, c’est bien ?

La nouvelle, choix d'équilibriste

Comme un certain nombre d’entre vous sans doute, la nouvelle est loin de constituer mon genre romanesque de prédilection ; à peine a-t-on pénétré l’intrigue et les caractères des personnages qu’il faut déjà s’en séparer et plonger dans l’aventure suivante. Néanmoins, suite à l’enthousiasme délirant d’Aymeric (le malli d’Arri) pour cet ouvrage, j’ai dépassé mes réticences et m’y suis plongée avec circonspection... Et, j'ai été heureuse de constater que dans Les Diaboliques point d'insatisfaction littéraire au bout de la ligne. Les récit contés sont assez longs pour ne pas souffrir de cette frustration récurrente à l’art de la nouvelle; rassurez-vous donc, chers lecteurs et laissez-vous happer par l'univers énigmatique et inquiétant dans lequel vous emmènera Barbey sans crainte de vous voir amputer d'une partie de votre plaisir.

Barbey l'architecte

Barbey utilise généralement des histoires enchâssées les unes dans les autres donnant au récit conté un parfum de confession et d’interdit… Car ce que les narrateurs qui se succèdent ont à confier à leur auditoire est versé à voix basse, sur le ton de la confidence, lors d’un dîner ou d’une conversation en petit comité. Le lecteur a ainsi l’impression d’être malgré lui le creuset voyeuriste dans lequel s’écoule un secret inavouable destiné aux oreilles triées sur le volet.

Un autre des stratagèmes récurrents employé par l'auteur est de rendre actif celui qui l’écoute : les histoires possèdent toutes une fin ouverte et chacun peut y choisir le destin final des protagonistes. Une fois encore, Barbey réussit brillamment ici un exercice délicat : il faut pouvoir en révéler juste assez et ne pas trop en dire pour exciter l’imagination du lecteur sans l’orienter ouvertement dans le choix de l"issue finale.


Top 3

Phénomène inévitable au recueil de nouvelles, un classement s’établit peu à peu entre les histoires contées. Certaines parmi elles me semblent plus saisissantes que d’autres... Ainsi Le Rideau cramoisi, Un Dîner d’athées et Le Bonheur dans le crime m’ont particulièrement séduites. Les personnages y sont extrêmement puissants et charismatiques ; le soin pris pour décrire leurs caractères et leurs déboires est particulièrement remarquable. Enfin, la chute, point d’orgue de la nouvelle, y est toujours saisissante.

La langue d'un dandy

Le style de Barbey est d’une saveur inégalable : le raffinement de la métaphore et du bon mot, le vocabulaire d’une richesse oubliée, les descriptions féroces de cette société privilégiée qui évolue en vase clos, la construction élaborée de chaque intrigue sont jubilatoires et confèrent à l’ensemble une véritable homogénéité. Je conseille donc cet ouvrage à tous les amoureux de la langue et des récits à suspense. Ils y trouveront matière une véritable délectation littéraire.

#Classique #Nouvelles #Société #Littérature19e