Le Blé en herbe - Sidonie Gabrielle Colette






En deux mots

Chaque été, les familles Ferret et Audebert louent une villa en Bretagne ; ils y passent ensemble des vacances tranquilles qui s’étirent avec paresse au rythme de longues promenades, de baignades sportives, de bains de soleil paisibles et de joyeux dîners sur la terrasse aux pierres tiédies par le soleil de la journée. Durant ces quelques semaines d’insouciance, les aînés confiants laissent une liberté entière à leur progéniture turbulente qui mène une existence sauvage loin du strict cadre parisien de leur quotidien.

Phil et Vinca ont grandi l’un à côté de l’autre ; petits faunes hermaphrodites parcourant sans trêve les alentours du sanctuaire de leur villégiature, ils passent la belle saison à chasser la crevette indocile dans l’eau trouble des flaques à marée basse, piqueniquent de poires mûres et de crème entre les dunes herbées de sable blond, s’affrontent sans pitié lors de joutes aquatiques quotidiennes.

Cette année-là pourtant, le sel de la mer qui fait craqueler leurs lèvres et le vent tiède qui fouette leurs cheveux n’ont pas la saveur ni d’innocence des étés précédents. L’enfance hésite, s’éloigne à petits pas et coule entre leurs doigts agacés, incapables de retenir dans leur poigne tremblante la fraîcheur de leurs dix ans. Alors que Phil observe avec un recul ironique et une nostalgie précoce la transformation du regard qu’il pose sur son amie, il croise au détour d’une promenade une mystérieuse et charmante estivante qui occupe la villa voisine…


Et sinon, c’est bien ?

Un petit goût de Call me by your name

Après avoir vu récemment l’excellent film Call me by your name de Luca Guadagnino, le désir de prolonger l’émotion suscitée par les performances de Timothée Chalamet et Armie Hammer, par la relecture du Blé en herbe s’est imposée à moi de façon absolue. J’ai lâché (temporairement mais sans hésiter) Les Vingt et un Jours d’un neurasthénique d’Octave Mirbeau au profit de ce petit opus de Colette qui m’avait laissé, il y a cinq ans déjà, une impression frappante.

"L'été qui s'enfuit est un ami qui part"

En effet, à l’instar de Call me by your name, Le Blé en herbe déploie une intelligence émotionnelle instinctive dans laquelle la suggestion remplace la description. L’histoire nous immerge au cœur de ce cocon spatio-temporel absous de la réalité que constitue l’été passé dans une propriété familiale patinée par le temps, protégée par la nature grandiose qui l’entoure.

L’éveil de la sensualité, la naissance des premiers amours sont tendus, dirigés par cette certitude dramatique que les semaines sont comptées aux jeunes amants qui se découvrent. La nécessité de voir aboutir une idylle dans un temps imparti bouleverse les codes traditionnels de la séduction et balaie les rituels de la parade amoureuse. En vacances, les amours sont plus fortes, plus déchirantes, plus passionnelles et plus bouleversantes qu’ailleurs.


De l'iode plein le nez

La nature somptueuse et intacte joue un rôle essentiel dans les intrigues qui se nouent au creux des bosquets. Les éléments participent à sublimer les émotions des protagonistes et ont un rôle similaire à celui que leur faisaient jouer les dieux antiques pour diriger les actions des hommes. Dans Le Blé en herbe, Phil et Vinca sont tour à tour caressés par le vent et le soleil, fouettés par la vague, irrités par les plantes sèches des dunes et le sable qui se glisse dans leurs espadrilles, séchés par le sel, gorgés d’odeurs qui électrisent leurs sens à fleur de peau, déjà écorchés par la naissance du désir.

De la dentelle et des mots

L’écriture est précieuse, ciselée, extraordinairement belle. Loin de brider l’imagination, elle renforce les sensations du lecteur et l’emporte dans une houle qui le serre à la gorge. Colette gère de main de maître le registre de la description autant que celui de la psychologie de ses personnages. Un délice...

Attention cependant, ce livre s’adresse aux rêveurs, aux nostalgiques, aux épicuriens… Les adeptes d’action et de rebondissements n’y trouveront sans doute pas leur compte.


Relire … et aimer à nouveau

Relire un roman qui m’a plu crée toujours chez moi une légère angoisse : parviendrai-je à y retrouver intact le trouble qui m’a saisi la première fois, alors que le suspense de l’intrigue a désormais disparu ? Avec le Blé en herbe, c'est un succès qui ne s’est pas démenti.

#Poésie #Amour #Eveil #Adolescence #Vacances

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