Le saviez-vous? Faux avoué, à moitié pardonné


Statistiques

25 faux détectés, 500 avoués, plus de 1000 suspectés.

Lorsque l’on ramassa le corps inerte d’Eric Hebborn assassiné à coups de marteau dans une petite ruelle du Trastevere, on ne put élucider avec certitude les raisons du crime.

Néanmoins, il y a fort à parier que cet assassinat avait à voir avec le millier de faux dont Eric Hebborn a submergé les plus grandes collections d’art durant presque quarante ans.


Problème de riches, justice de pauvres

Savez-vous que l’ancien directeur du Metropolitan Museum considère comme faux 40 % des

2.000.000 d’objets de son célèbre musée ? De nouvelles analyses suggèrent même le chiffre effarant de 50 à 60 % de contrefaçons au sein de ces trésors hétéroclites. Ceci s’explique aisément : le commerce de l’art est lucratif. L’une des façons les plus rapides de s’enrichir est de devenir faussaire. En outre, tant au niveau de la justice que du public, les faussaires jouissent d’une assez bonne presse et de condamnations plutôt clémentes au regard des sommes escroquées. Les gens adorent que l’on vole les riches. Le faussaire c’est un peu le Robin-des-Bois des gilets jaunes même si à la fin, lui garde le flouze bien au chaud dans ses poches et ne le partage pas avec ses anciens compagnons de misère.

Prenez Eric Hebborn, au cours de sa longue carrière, il n’a jamais été inquiété par la police et encore moins par la justice. C’est à peine si les experts eux-mêmes ont eu le temps de se rendre compte du mauvais tour qu’il leur avait joué. La raison est sans doute liée à l’astucieuse façon dont il approchait les amateurs d’art : en aucun cas, il ne suggérait l’attribution à la main d’un artiste en particulier, il laissait le soin aux experts de statuer eux-mêmes sur l’identité du peintre qu’il avait imité. Or, il n’est pas interdit de réaliser le pastiche d’un artiste, c’est lorsqu’il y a volonté de tromper en le faisant passer pour un vrai que l’on se met en porte à faux avec la justice…

Eric Hebborn s’est spécialisé dans un créneau tout à fait particulier du domaine du faux : les dessins préparatoires des maîtres du 16e au 17e siècle. Si les esquisses se vendent généralement à moins bon prix que les toiles, l’avantage ici est qu’un même tableau permet la réalisation d’une dizaine d’essais fallacieux… Autant de piécettes supplémentaires dans l’escarcelle de Rackam-le-jaune.

L’animal pousse le vice jusqu’à écrire un livre sur ses meilleures recettes de faussaire, c’est l’Escoffier de la roublardise : fabrication des encres, vieillissement artificiel du papier, élaboration de cachets de collectionneurs, vous y trouverez l’essentiel pour vous lancer dans le métier.

Hebborn confie par ailleurs le vrai secret d’un faux réussi : ne dessiner toujours que légèrement ivre et ce, afin de laisser à la main le naturel du geste artistique imité.

Le manuel, The art forger’s handbook, jouit aujourd’hui d’une autorité qui laisse rêveur : introuvable dans les librairies, il peut néanmoins s’acheter en seconde main pour la modique somme de … 1500 euros.

Un faux pas... ne pardonne pas!


Follement doué, Hebborn devra sa perte à une négligence ridicule : l’usage qu’il fera pour deux artistes distincts, éloignés géographiquement, d’un même papier avec un filigrane identique. Ceci se produit en 1978 ; à cette époque, on lui attribue seulement une vingtaine de faux. Vexé d’ailleurs de ne pas être représenté lors d’une exposition organisée au British Museum autour des faux, il contacte l’institution et leur suggère d’observer un peu plus attentivement leur collection de dessins anciens…


Cette histoire vous a plu ? Je me suis inspirée des récits qu'a fait Harry Bellet dans son livre Faussaires illustres.

Il existe également un documentaire tourné par la BBC en 1991, Eric Hebborn : Portrait of a Master Forger. Il est disponible ici sur Youtube

. Eric Hebborn, lutin malicieux, a écrit ses mémoires : Drawn to Trouble


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