Allilavu 👀 // MA



J’ai croisé Marie Antoinette il y a quelques semaines dans le livre que Stéphane Zweig lui a consacré. C’est une histoire un peu triste, qui finit globalement mal même si le début commence bien.


MA vit sa meilleure vie à Versailles, entourée de petits fours au crabe et de smoothies détox pomme-gingembre. Car MA sort toute la nuit, c’est une clubbeuse. Levée vers 9h, elle convoque Léonard, son coiffeur spécialisé dans la fabrication de poufs extravagants. Un pouf c’est une sorte de sculpture de cheveux que tu modèles selon l’actualité du jour. Aujourd’hui, par exemple, MA décide que le cheveu doit être à l’ananas et à la lampe Louis Poulsen. C’est complètement débile, elle le sait, mais elle s’en fout. Elle fait ce qu’elle veut, tout le monde la suit. Demain, lorsque l’ananas sera obsolète, M-A exigera une coiffure Mondrian. Que Mondrian végète encore dans les limbes de l’histoire de l’art n’a aucune importance, MA précède la mode, MA crée Mondrian avant même que la mère de Mondrian ne soit née.

La tour capillaire construite, MA doit choisir une robe de jour parmi les 300 créations haute couture conçues pour elle chaque année. Car MA ne porte jamais deux fois la même chose ; ça insulterait son pouvoir de consommation illimité. Kim K. n’a rien inventé. Marie-Antoinette mène le monde de la mode à la baguette et le rend fou. Les parasites de sa Cour peinent à suivre ses perpétuelles inventions. Pourtant, il le faut au risque de finir dans le coin honni des ringards. MA est donc une sorte de femme-sandwich que tous les artisans du luxe cherchent à s’arracher. Un contrat avec elle c’est la certitude de voir accourir dans sa boutique les petites dindes de la slow fashion aristocratique. Et soudain en lisant Zweig, j’ai compris qu’Instagram était né il y a 250 ans. MA, c’est la reine des influenceuses du 18e. MA c’est la mère des influenceuses du 21e .