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Allilavu 👀 // Le poivrier




Je connais un inventeur de poivriers. Nous sommes quatre dans le monde à posséder ses créations artisanales, forgées dans des vieilles douilles d'obus. Toutes les piÚces ont été taillées et assemblées à la main.

Mon poivrier sur mesure constitue une sorte de doigt d'honneur au Design Scandinave. Bien sĂ»r, comme tout le monde, je trouve le Design Scandinave vraiment Ă©patant : joli, sobre et triangulaire. Ses formes propres et gĂ©omĂ©triques sont assorties aux hashtags qui en ont fait le succĂšs. Mais d'un point de vue corporel, le Design Scandinave n'est-il pas au fond l'Inconfort fait Objet ? Voyez donc, c'est plein d'angles qui piquent et d'accoudoirs droits. C'est du bois dur et du mĂ©tal en grillage. À son contact, on sait qu'il faudra se tenir raide comme un piquet et que tout affaissement anatomique sera sanctionnĂ© d'un hĂ©matome.

Mon poivrier, lui, est rond comme une tour d'Ă©chec. Il tient bien en main mĂȘme si je dois employer les deux tant il est lourd Ă  soulever. Je pourrais assassiner un type en l'abattant sur sa tĂȘte. C'est un poivrier de combat. Il est bosselĂ©, imparfait. Il porte une grosse pĂąquerette en laiton repoussĂ© au centre, comme une boucle de ceinture. Il brille jaune comme l'or. Si tu lui mettais des santiags, on pourrait le confondre avec un cowboy. Lorsqu'on tourne son moulinet, le plaisir de poivrer est dĂ©cuplĂ© par la joie d'employer cet ovni de cuisine. Et puis, ĂȘtre heureux juste en assaisonnant ses tomates, n'est-ce pas dĂ©jĂ  lĂ  un exploit remarquable?

Mon faiseur de poivrier fabrique également des cannes-épées. C'est vous dire si j'attends Noël avec impatience...

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